Cela fait déjà plusieurs semaines que le camp d'été s'est terminé et il est encore difficile de trouver les mots pour exprimer, pour expliquer. Je ne peux m'empêcher de penser que pour moi, arrivant au camp en venant juste d'apprendre que j'étais enceinte, forcément, mon expérience reste très particulière et unique... mais après tout, chaque moniteur a dû vivre un camp différent. C'est une de ces expériences de la vie qui ne peut être que personnelle.
J'ai passé 4 semaines avec le même groupe d'une vingtaine de petites filles, âgées de 4 à 12 ans, qui portent - encore visibles sur leur corps, pour certaines - les cicatrices d'un drame familial, qui les a conduit à vivre au centre PSE en permanence, en vase clos. Au total, ces "pensionnaires" sont environ 70; elles ont jusqu'à 18 ans, et plusieurs années d'ancienneté pour quelques unes. Je ne connais pas et n'ai pas cherché à connaître l'histoire indivduelle des filles; j'ai préféré les considérer toutes égales, dans leur souffrance vécue, et leur besoin présent d'affection. C'est une mini-société avec ses codes et sa hierarchie qui s'est établie entre elles; difficile de capter ses règles implicites pour une personne extérieure, qui plus est, une étrangère qui ne balbutie que quelques mots de cambodgien. Les moniteurs cambodgiens (cerains liés à PSE) y ont compris sans doute un peu plus mais leur traduction nous simplifiait largement les propos. J'ai eu la sensation de naviguer en aveugle pendant tout un mois; cet état d'incompréhension permanent rendait les choses un peu surréelles, voire superficielles. Ce fût le plus grand défi à relever: revenir toujours à la réalité, se redire qui sont ces enfants et quel est mon rôle ici, et ne pas cesser de chercher à me connecter à elles, à leur faire passer quelquechose de constructif et positif, sans une trace de doute.
Dans l'ensemble, tout s'est très bien passé. Je me suis amusée, et j'ai vu ces fillettes s'amuser, sourire encore et encore et parfois, carrément s'éclater! Elles ont adoré faire des bracelets de perle pendant des heures durant, confectionner des masques, apprendre de nouvelles chansons et de nouvelles dances, jouer au loto. Elles attendaient avec impatience les jours de piscine au waterpark et se sont régalées, dans tous les sens du terme, lors de notre sortie au Lucky Burger. Quel immense plaisir renouvelé chaque jour de voir ces enfants si joyeuses et si libres de tout souci pendant quelques heures!
Biensûr, il y a eu des moments de frustration et de déception... essentiellement concentrés dans la deuxième partie de la deuxième semaine, car la lune de miel entre les filles et les moniteurs n'a duré qu'une petite semaine... Au démarrage de la deuxième semaine, nous avons retrouvé des filles surexcitées, un poil débridées, qui semblaient avoir décidé de mener la barque du camp d'été elles-mêmes: la liberté leur aurait-elle monté à la tête? Nous, les moniteurs, essayions encore de trouver nos marques et notre empreinte en tant qu'équipe. Nos balbutiements et nos imprivosations répétées par rapport au planning étaient sans doute trop perceptibles. Nous nous sommes retrouvés désharçonnés par ces problèmes de discipline et de désaveu (?) nouveaux: que faire, que dire quand une grosse minorité de filles soudain boyottent l'activité, en demandant toute en même temps d'aller aux toilettes ou à l'infirmerie ? quand le silence ne peut être obtenu qu'en criant plus fort qu'elles? quand certaines s'isolent dans un coin de la salle pour lire un livre sans se soucier du reste? Nous avons dû réagir, faire le point entre nous, nous remotiver. Fort heureusement, rapidement, après quelques "sermons" (notamment de ma part dans mon rôle favouri de méchante rabat-joie...) les choses se sont tassées et on a pu reprendre une vie de groupe plus saine.
Ma frustration est venue principalement de l'échec de toutes mes tentatives de mettre en place des actvitées un tantinet plus structurées avec une thématique en fil rouge sur toute la semaine. Manque d'intérêt des autres moniteurs et sans doute des filles elles-mêmes qui auraient perçu cela comme un trop grand parallèle avec l'école... Je me suis résignée, j'ai recalé mes idées au panier et les activités purement ludiques que nous avons organisées ont ravi les filles - c'est ce qui comptait!
Parmi elles, je dois dire que je n'ai pas pu m'empêcher d'avoir mes chouchous. Disons que certains enfants sont plus adroits à renvoyer l'affection qu'on leur porte et cela crée des liens plus forts. Mais une fillette en particulier m'a donné du fil à retordre , tout au long des quatre semaines. 9 ans et déjà un caractère de rebelle bien affirmé, doublé d'une capacité pour la manipulation affective bien rôdée. Ce fût "je t'aime, moi non plus" pendant un mois. J'ai dû sortir ma panoplie complète de comportements: des fois copine, des fois grand soeur, d'autre fois prof, et d'autre fois plutôt gendarme... Rien ne semblait survivre la journée: tout devait se reconstruire le lendemain matin, peu importait la façon dont on se quittait la veille. Ca s'est terminé en grandes embrassades au moment de mon départ, avec un dessin en cadeau - comme un calumet de la paix. Comme toujours, elle a réussi à me prendre au dépourvu, mais au delà, c'était très émouvant!
Côté communauté des moniteurs, l'ambiance était très agréable, remplie de petites attentions pour les uns pour les autres, remettant du baume au coeur quand il en fallait. Ceci dit, j'ai le sentiment et le regret d'être passé un peu à côté de cet aspect là du camp. A cause (ou grâce à) ma situation de femme enceinte, nous logions dans la guest-house avec les sympathiques et épicuriens moniteurs seniors espagnols. Les autres moniteurs avaient le privilège (hum-hum) de partager les dortoirs de 8 lits en bambou, avec ventilateur et moustiquaire. Notre éloignement, combinée à la fatigue qui m'accablait en fin de journée (les dodos à 20h n'ont pas été rares) ne m'ont donné que peu d'occasions de participer aux veillées et aux dîners chez Mala (le McNouille du quartier). Ceci étant dit, j'ai grandement apprécié mes échanges avec les autres moniteurs, tous animés d'une pêche et d'une générosité incroyables. J'ai souvent été impressionnée par la maturité de certains jeunes moniteurs (la moyenne d'âge étant de 22,5 ans!) et par leur aptitude relationnelle avec les enfants, tout en douceur et en sourire.
J'ai déjà dit tout le bien que je pensais de l'équipe d'organisation et de coordination, qui nous avait notamment concocté une semaine de préparation très pro. Je voudrais toutefois faire une mention spéciale à Marisa Caprile Alonso, une dame tout simplement formidable. C'est elle qui a recruté individuellement chaque moniteur et qui en a pris soin comme ses propres enfants pendant la durée du camp. Ses précieux conseils et l'attention particulière -tout en étant discrète- qu'elle m'a porté m'ont beaucoup aidé à vivre mes premières semaines de grossesse sereinement. Au delà, sa dévotion (bénévole) pour la cause de PSE, son enthousiasme communicatif pour combattre les injustices, ainsi que son incroyable pari (réussi) d'avoir embarqué mari et enfants dans l'aventure des camps d'été sont admirables. Marisa est un modèle, et l'on ne peut qu'être honorée d'avoir obtenu sa confiance. Comme je le lui ai dit, "moi, quand je serai grande, je ferai comme Marisa"... le défi est immense: où pourrais-je trouver cette énergie???
Tuesday, September 28, 2010
Subscribe to:
Post Comments (Atom)

No comments:
Post a Comment